En écrivant, en réfléchissant, et au vu de mon avancée dans l'acceptation de la maladie, je me dis que je vois maintenant cela comme une punition, comme une croix à porter. Je ne choisis pas ce terme pour rien. Certains médecins disent que la foudre est tombée deux fois dans notre famille. La foudre, la foudre qui claque, qui tape, qui gronde, qui s'annonce, qui montre sa présence, sa force, qui ne fait pas de détails et qui décime le lieu où elle tombe. La foudre, cette boule de feu, qui tombe du ciel. Le foudre de Zeus , cette arme capable de lancer un rayon mortel. J'ai eu une éducation religieuse, catholique, mon grand-père est diacre. J'ai toujours pensé que les textes sacrés étaient des histoires d'où nous devions rechercher le sens, une façon d'aborder la vie et des lois que nous pouvions suivre. Je ne peux pas dire que je crois réellement en Dieu, en Jésus mais je pensais croire en une divinité. Je suivais peut-être l'idée du déisme. Et maintenant que penser suite à cette annonce, suite à ce diagnostic ? Si je suis l'idée d'une punition venant du ciel, de cette foudre qui nous tombe dessus, je continue à croire en la religion et en ses effets. Je me dis que ce serait alors plus simple vu que je peux alors aborder ma mort avec la perspective d'une vie après. Et pour pousser le bouchon un peu plus loin, en espérant finir tranquillement au paradis en attendant les autres et en les voyant avancer dans leur vie. Chouette non ?

        De toute façon, suite à la crise d’épilepsie où on ne se souvient de rien et où on se sait pas ce que l'on a fait ni où on était vraiment et à l'expérience de l'endormissement pour la biopsie, je n'ai pas peur de la mort.

       Enfin si j'ai peur, je suis emplie d'angoisses, j'ai le trouillomètre au plus haut pas par rapport au fait que je vais mourir mais par le fait que je vais laisser mes autres, que je ne serai plus là pour partager la vie avec eux, que je ne les verrai plus avancer. Et je pense forcément beaucoup à mes enfants. Mais pour moi personnellement, ce sera la fin ou autre, on verra bien mais l'absence, le vide, le rien ne me touche pas. Le manque je ne l'aurai pas et c'est là le plus dur il me semble . Imposer le manque aux autres et surtout à mes enfants. Je sais très bien que tout le monde est mortel que c'est le principe, que la mort fait partie de la vie. Ces idées-là étaient déjà en moi avec l'envie de profiter justement, de vivre pleinement. La mort était déjà là mais je me disais que j'avais le temps de l'appréhender et que si je devais mourir jeune ce serait par accident de manière certainement rapide et que je n'aurais pas le temps de réfléchir justement à cet après.

       Avec cette maladie, la mort est là, présente. Elle rôde, elle me couche, me ratatine, m'empêche d'avancer, elle m'étouffe. Je me lève en pensant à elle, j'ouvre un œil et je pense TUMEUR, TU MEURS ? Etant maintenant sous traitement par chimiothérapie, je me lève j'ouvre un œil et je commence à penser TUMEUR, MEURS-TU ? Et là ça change tout !!!

 

J'ai envie de gagner du temps et c'est là qu'est mon angoisse. Je vois ma vie maintenant comme un bonus. Suite à la biopsie et au fait que le neurochirurgien m'a donné les données statistiques d'espérance de vie et qu'il sait que j'ai cette tumeur depuis certainement très longtemps : c'est un BONUS mais j'en fais quoi moi de ce bonus !!!!!