Il a fallu que ce soit 9 mois.

Je le savais, j'avais compris et je pensais avoir fait le deuil, enterrer ce désir d'avoir un troisième bébé.

J'utilise que des termes macabres, négatifs, il semblerait que je n'ai pas encore accepté cette idée.

C'était mon choix depuis longtemps, mon envie. Je voulais une grande fratrie. Néanmoins, je sentais bien que mon Charles n'était pas décidé, « que » deux enfants lui convenaient. J'avais pourtant l'impression que j'étais en train de le faire changer d'avis, je n'étais pas loin d'atteindre mon but.

Et puis, il y a eu la crise et cette horreur à vivre. Ce n'est plus un bébé mais une tutu que je dois porter. Et j'ai remercié mon copain de ne pas avoir craqué. Je me suis dit qu'il avait fait ce qu'il fallait inconsciemment. Le but est maintenant de vivre et de se réjouir pleinement de ce que l'on a déjà. Quelle chance d'avoir conçu ses zouzous jeune !! Quelle chance de les avoir et en même, j'ai peur de l'avenir pour eux !! (Ccomme tous parents qui se respectent vous me direz) Le troisième était oublié, affaire classée. C'est ce que je croyais.

    Suite à la biopsie, la chimiothérapie m'a été proposée. Et me voilà dans le bureau de l'oncologue. Il me parle en tout premier lieu du CECOS (Centre d'étude et de conservation des œufs et du sperme humains) et du fait que je dois décider si je veux réaliser des prélèvements dans l'idée éventuelle d'avoir un enfant après cette chimio. La première ordonnance, la première explication portait sur ça.

                                                  BROUILLARD OUI / NON

« Vous avez le temps d'y réfléchir » ça trotte dans ma tête, ça m’encombre, ça me gêne, je n'arrive pas à suivre ce
rendez-vous, à écouter ce qu'il me dit. L'idée du troisième c'était avant, pourquoi ça revient, là, maintenant. Je sens qu'il faut que je prenne cette décision. Je le sens clairement, c'est là c'est précisément là qu'il faut que j'oublie cette envie. Il me parle des molécules, leurs effets, de la pose d'une chambre implantable, des conséquences de cette chimio. Mais tout se bouscule pour moi, je suis en train de régler bien autre chose que cette thérapie.

     A la fin du rendez-vous, je sais déjà que c'est fini. Ma décision est prise de manière vive, brutale comme quand on enlève un sparadrap. Ça pique, ça cuit, ça me sert la gorge, mais je sais que je ne pourrais pas m'engager pleinement dans ce combat si je ne fais pas ce choix. Il faut que je pense à moi et non à donner naissance une nouvelle fois.

    J'ai posé une dernière question, une petite question simple, classique, anodine :

                              Combien de temps allait durer ce traitement ?

   Et il a fallu que ce soit 9 mois. Je suis partie pour 6 cycles de chimiothérapie de 6 semaines chacun, ça fait bien 9 mois. J'ai alors envie d'en rire et d'en pleurer. Les 9 mois de 2018 que je pensais être destinés à donner vie à un bébé sont en réalité là pour tuer ma tutu et donner naissance à une nouvelle Charlotte, une nouvelle vie et du temps en plus.

    9 mois non pas pour accoucher d'UN bébé mais 9 mois pour dépasser cette horreur et me débarrasser de MA tutu bien présente.

                                                     9 mois pour tuer !!!